     | Lauréats du Prix de PoésieMary-Laure Zoss - Prix de Poésie 2007 | | Le Noir du Ciel, Editions Empreintes, 2007. |
plus loin, on marche là, dans des dépouilles froides, la voix ne déplace rien - du temps qui descend la pente des forêts, il faudrait pouvoir ressaisir quelque chose, épaisse la forme au moins d'une racine, sous leur pâte brune l'eau des feuilles va sans bruit, engorge la foulée des mulots dans des flaques qui creusent à côté, on avance malgré tout, par ces blessures grises au bord des chemins, à l'envers du vent qui continue d'équarrir, tout au fond s'ouvrent un peu plus des écluses noires, et ça s'en va par là, dans le présent noyé d'une après-midi de novembre, à un carrefour trois ifs, leurs baies - dessous, une purée de sang clair
Mary-Laure Zoss - (Extrait de Le Noir du Ciel, p. 63) |
Caroline Schumacher - Prix de Poésie 2002 | | Les grandes vacances, Editions Empreintes, 2002. |
Tendre patience avant l’été qui mangera mes yeux,
la nuit est en moi comme en toute corolle
aux bords de soif.
Qui a dit : ils n’ont plus de vin ? – ma vigne est noire
et mes mains tremblent :
j’éprouve toutes les soifs.
Mon sacre est sans lumière et je compte ma joie
avec des mots d’avare et des mots d’amour.
Ô toi qui me traverses pour me manquer,
pour n’être dans mon corps qu’une entaille élargie,
mes jardins sont pillés par ta pure présence.
Regarde en moi combien je t’aime
si tu t’es fait parole pour ma nuit.
J’éprouve ta caresse difficile et te nomme à moi seule,
je m’épelle à ma terre fouaillée,
femme de bouche et de mains tendres.
Caroline Schumacher - (Extrait de Les grandes vacances, p. 24) |
Claire Genoux - Prix de Poésie 1999 | | Saisons du corps, Editions Empreintes, 1999. |
J’accepte Vie d’être votre hôte
de manger votre terre jusqu’à l’indigestion
de boire dans vos gobelets de craie
la lumière cachée des saisons le miel refroidi de vos fleurs
et mille liqueurs grossières
vous voyez j’obéis
les os bougent parfaitement dans le cuir de ma peau
et je colle mon ventre au ventre des hommes
j’obéis même si je me mouche dans votre nappe
que je crache dans vos plats
quand j’aurai bien ri bien usé la corne de mon cœur
j’accepte oui l’effroi
docilement dissoudre ma détresse de cadavre
mais durant cette sieste
enrobée dans votre drap de ravines
mon ventre bombé contre le ventre de la terre
que je jouisse de vos rêves de lait et d’astres
que tous ces repas de fortune pris jadis à votre table
aient la légèreté sur mon crâne et l’ivresse folle
d’une petite neige de printemps
Claire Genoux - (Extrait de Saisons du corps, p. 33) |
Alain Rochat - Prix de Poésie 1992 | | Fuir pour être celui qui ne fuit pas, Editions Empreintes, 1993. | | Disponible aujourd’hui aux Editions de l’Aire, collection L’Aire bleue, avec une préface de Christian Sulser, 1998. |
III
Tu n’as pas connu les terres familières
les hautes herbes sous les manguiers comme poires inversées
le sentier jusqu’à la source là-bas
et la lessive aux branches des anacardiers
Tu n’as pas connu le soir décanté par les vagues
cette entrée de l’étoile première au sud où ta vie se retire
la lune qui se lève
et les palmiers
doubles croches sur la mer
chantant la victoire de la nuit
La mort la marée montent
Que les arbres fleurissent à nouveau
loin de l’ombre qui guette
que les fruits mûrissent encore
malgré la folie des hommes
que mes mots te conduisent
au royaume de tes origines
Mais nous portons notre ballot de ténèbres
la nuque raide
l’errance famélique
et la nuit muette nous change au noir.
Alain Rochat - (Extrait de Fuir pour être celui qui ne fuit pas, p. 83 de l’édition disponible) |
Sylviane Dupuis - Prix de Poésie 1986 | | Creuser la nuit, Albert Meynier Editeur, Turin, 1985. | | Disponible aujourd’hui aux Editions Empreintes, collection Poche Poésie, n° 9 : D’un lieu l’autre suivi de Creuser la nuit et de Figures d’égarées, préface d’Antoine Raybaud, 2000. |
Creuser
— seule loi, pour qui encor s’obstine
à désirer : l’espace autour de nous
a fondu, là-bas n’est plus
qu’au-dedans — seul
labyrinthe
Trop violente
la connaissance du
Nom
trop aveuglante
me faut pour dire
l’étincelant
l’opacité terreuse,
redoutable
des mots
Sont-ce pierres enfouies
qui remontent
ou notre désir comme une main
— fouillant l’être
et qui cherche à se dire
(lui l’unique)
sous des hardes
d’emprunt ?
— Savoir d’où les mots
naissent
de quelle nudité ivre,
ce remuement
du centre
alchimie du verbe
Sylviane Dupuis - (Extrait de Creuser la nuit, pp. 87-89 de l’édition disponible) |
José-Flore Tappy - Prix de Poésie 1983 | | Errer mortelle, Editions Payot, Lausanne, 1983. | | Disponible aujourd’hui aux Editions Empreintes, collection Poche Poésie, n° 1 : Errer mortelle suivi de Pierre à feu, préface de Daniel Maggetti, 1995. |
Lorsque le monde entier aura disparu
des plus grandes cartes marines
et que la voûte céleste aura sombré dans l’océan
peut-être qu’une audace nouvelle
jeune vigne dans l’ébauche du globe
osera risquer ses feuilles
entre cailloux et ruines
et la terre peu à peu retrouvera
remontant le passé
la longue patience des chèvres
penchées sur les chardons
depuis la nuit des temps
Arpenter nuit et jour
les décombres de craie
que soulève le vent
parcourir en tous sens
ces âpres étendues
éclairées par le sel
errer mortelle
entre les bornes du monde
à la recherche d’un signe
rescapé du néant
jouet perdu
ou simple tesson de terre
réponse humaine
à tant d’aveugles éboulements
José-Flore Tappy - (Extrait d’Errer mortelle, pp. 66-67 du volume disponible) |
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